INTERVIEW :
MIKHAIL KARPYTCHEV.



R. O. : Bonjour !

M. K. : Bonjour!


R.O. : Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer votre cursus universitaire?


M.K. : Et bien, en fait, j'ai d'abord fait des études de physique à l'Institut de Physique et Technologie de Moscou, jusqu'à l'équivalent russe de la licence. Puis, j'ai décidé de me spécialiser en entrant à l'Institut d'Océanographie, toujours à Moscou. J'y ai étudié pendant 3 ans (Maîtrise, DEA), au cours desquels j'ai notamment eu l'occasion de participer en tant que stagiaire à une expédition en mer de Vladivostok jusqu'en Europe, le tour du monde en bateau !!!

R.O. : NON ?!!!! Trop fort !!! Et quel était le but de cette aventure ?


M.K. : Il s'agissait de suivre le courant circumpolaire antarctique. L'équipage était constitué de différentes équipes chargées chacune d'étudier un aspect spécifique du problème (études sismiques, météorologiques, analyses chimiques, biologiques…). En tant que stagiaire, j'ai eu la chance de pouvoir travailler successivement avec chaque groupe de travail.


R.O. : Et, donc, après ce tour du monde…


M.K. : J'avais alors terminé mes études d'océanographie. J'ai donc réalisé une première thèse en Russie sur la circulation mantellique avec comme outil théorique la mécanique des fluides. Car dans les années 80, les problèmes concernant l'intérieur de la Terre étaient très à la mode dans le milieu scientifique.
    C'est ensuite que je suis arrivé en France (1992), pour bosser sur des problèmes liés aux panaches avec des chercheurs de l'Ecole Normale Supérieure de Paris. C'était dans le cadre de mon stage post-doctoral. Je me suis alors lancé dans une autre thèse ayant pour sujet la circulation mantellique globale.
    Puis j'ai étudié, à Strasbourg, les rifts (en particulier le rift Est-Africain) à partir de données sismologiques… Ce qui nous amène déjà à 1998. J'ai encore passé 1 an à Boulogne/mer. Je suis alors revenu à l'océanographie, car l'objectif était d'obtenir des données précises sur les marées, de comprendre les transports dus au courants et d'aboutir à un modèle de circulation océanique locale (Manche).


R.O. : Et maintenant, La Rochelle! (quel Baroudeur, ce Micha !!)


M.K. : Oui, le but ici est de réaliser un modèle précis des marées pour distinguer clairement les effets de celles-ci des autres effets terrestres qui intéressent Muriel Llubes et Nicolas Florsch, et également en relation avec des questions d'ordre sédimentaires (transports des matières biologiques et géologiques provoquées par ces marées) qui rejoignent le thème étudié par Isabelle Brenon. Je souhaite aussi mettre en place un projet d'étude de l'advection des produits polluants dans l'océan…


R.O. : Comment la géologie est-elle perçue en Russie ?


M.K. : Je crois que c'est une science populaire, car les gens sont attirés par son aspect explorateur, aventurier. Ce n'est pas un métier oublié, d'autant que les ressources naturelles sont très nombreuses en Russie, et donc beaucoup d'écoles préparent les jeunes à la "géologie industrielle".

R.O. : Le système d'études russe est-il proche du système français ?


M.K. : Oui, tout à fait. L'emploi du temps comprend de manière analogue des cours magistraux et des séminaires (TD). Mais après un cours, on avait un paquet d'exos à résoudre en quelques semaines (une centaine).


R.O. : Ougs !


M. K. : Et peut-être que c'était un peu plus strict.


(Pour les ST2 qui n'ont pas fait leurs calculs en radians le jour du partiel, consolez-vous… En Russie, vous auriez eu 0 !)


R.O. : Ougs ! Ougs !


M.K. : C'est peut être dur, mais au moins on ne refait pas deux fois la même erreur. Et je préfère que vous la fassiez avec moi que plus tard là où vous travaillerez. Les conséquences seraient sans doute pire !!


R.O. : Comment les Français sont-ils perçus par les Russes ?


M.K. : La France est très populaire, sans doute grâce à l'étroite relation qui a uni tout au cours de l'histoire ces deux pays.


R.O. : Pour terminer, quel conseil adresseriez vous aux étudiants ???


M.K. : (silence), Il faut profiter de votre situation, (de la jeunesse bien sûr) mais surtout de la possibilité qui vous est offerte de bien chercher ce qui vous intéresse vraiment. Il ne faut pas avoir l'impression de perdre du temps ! Car après, vos choix actuels vont orienter votre vie entière. Il ne faut pas se contenter de ce qu'on voit en surface mais bien essayer de comprendre l'intégralité d'une discipline. Et savoir si c'est compatible avec le mode de vie que l'on souhaite.


R.O. : Un petit cours de russe, maintenant. Comment dit-on bonjour et merci en russe ?



M.K. : Dobryi Den' et Spacibo.


R.O. : Et bien alors, Spacibo beaucoup, c'était très sympa !!!

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