R. O. : Bonjour !
M. K. : Bonjour!
R.O. : Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer votre cursus
universitaire?
M.K. : Et bien, en fait, j'ai d'abord fait des études de
physique à l'Institut de Physique et Technologie de Moscou,
jusqu'à l'équivalent russe de la licence. Puis, j'ai décidé
de me spécialiser en entrant à l'Institut d'Océanographie,
toujours à Moscou. J'y ai étudié pendant 3 ans (Maîtrise,
DEA), au cours desquels j'ai notamment eu l'occasion de
participer en tant que stagiaire à une expédition en mer de
Vladivostok jusqu'en Europe, le tour du monde en bateau !!!
R.O. : NON ?!!!! Trop fort !!! Et quel était le but de cette
aventure ?
M.K. : Il s'agissait de suivre le courant circumpolaire
antarctique. L'équipage était constitué de différentes équipes chargées chacune d'étudier
un aspect spécifique du problème (études sismiques, météorologiques, analyses chimiques, biologiques
). En
tant que stagiaire, j'ai eu la chance de pouvoir travailler
successivement avec chaque groupe de travail.
R.O. : Et, donc, après ce tour du monde
M.K. : J'avais alors terminé mes études d'océanographie. J'ai
donc réalisé une première thèse en Russie sur la circulation
mantellique avec comme outil théorique la mécanique des
fluides. Car dans les années 80, les problèmes concernant
l'intérieur de la Terre étaient très à la mode dans le milieu
scientifique.
C'est ensuite que je suis arrivé en France (1992), pour bosser
sur des problèmes liés aux panaches avec des chercheurs de
l'Ecole Normale Supérieure de Paris. C'était dans le cadre de
mon stage post-doctoral. Je me suis alors lancé dans une autre
thèse ayant pour sujet la circulation mantellique globale.
Puis j'ai étudié, à Strasbourg, les rifts (en particulier le
rift Est-Africain) à partir de données sismologiques
Ce
qui nous amène déjà à 1998. J'ai encore passé 1 an à
Boulogne/mer. Je suis alors revenu à l'océanographie, car
l'objectif était d'obtenir des données précises sur les
marées, de comprendre les transports dus au courants et
d'aboutir à un modèle de circulation océanique locale
(Manche).
R.O. : Et maintenant, La Rochelle! (quel Baroudeur, ce Micha !!)
M.K. : Oui, le but ici est de réaliser un modèle précis des
marées pour distinguer clairement les effets de celles-ci des
autres effets terrestres qui intéressent Muriel Llubes et
Nicolas Florsch, et également en relation avec des questions
d'ordre sédimentaires (transports des matières biologiques et
géologiques provoquées par ces marées) qui rejoignent le
thème étudié par Isabelle Brenon. Je souhaite aussi mettre en
place un projet d'étude de l'advection des produits polluants
dans l'océan
R.O. : Comment la géologie est-elle perçue en Russie ?
M.K. : Je crois que c'est une science populaire, car les gens
sont attirés par son aspect explorateur, aventurier. Ce n'est
pas un métier oublié, d'autant que les ressources naturelles
sont très nombreuses en Russie, et donc beaucoup d'écoles
préparent les jeunes à la "géologie industrielle".
R.O. : Le système d'études russe est-il proche du système
français ?
M.K. : Oui, tout à fait. L'emploi du temps comprend de manière
analogue des cours magistraux et des séminaires (TD). Mais
après un cours, on avait un paquet d'exos à résoudre en
quelques semaines (une centaine).
R.O. : Ougs !
M. K. : Et peut-être que c'était un peu plus strict.
(Pour les ST2 qui n'ont pas fait leurs calculs en radians le jour
du partiel, consolez-vous
En Russie, vous auriez eu 0 !)
R.O. : Ougs ! Ougs !
M.K. : C'est peut être dur, mais au moins on ne refait pas deux
fois la même erreur. Et je préfère que vous la fassiez avec
moi que plus tard là où vous travaillerez. Les conséquences
seraient sans doute pire !!
R.O. : Comment les Français sont-ils perçus par les Russes ?
M.K. : La France est très populaire, sans doute grâce à
l'étroite relation qui a uni tout au cours de l'histoire ces
deux pays.
R.O. : Pour terminer, quel conseil adresseriez vous aux
étudiants ???
M.K. : (silence), Il faut profiter de votre situation, (de la
jeunesse bien sûr) mais surtout de la possibilité qui vous est
offerte de bien chercher ce qui vous intéresse vraiment. Il ne
faut pas avoir l'impression de perdre du temps ! Car après, vos
choix actuels vont orienter votre vie entière. Il ne faut pas se
contenter de ce qu'on voit en surface mais bien essayer de
comprendre l'intégralité d'une discipline. Et savoir si c'est
compatible avec le mode de vie que l'on souhaite.
R.O. : Un petit cours de russe, maintenant. Comment dit-on
bonjour et merci en russe ?
M.K. : Dobryi Den' et Spacibo.
R.O. : Et bien alors, Spacibo beaucoup, c'était très sympa !!!
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